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«M’aimes-tu ? »... Si on vous posait trois fois de suite cette question ?

Temple de Saint-Martin (2/3)
Diffusé sur Espace 2 le 10-04-2016
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C’est la troisième fois après sa crucifixion que Jésus se montre vivant à ses disciples. De «pêcheurs d’hommes », ses disciples sont redevenus pêcheurs de poissons… Est-ce un avenir pour eux? Ou ont-ils autre chose à faire? Jésus a trois ou quatre propositions qui pourraient nous inspirer aussi…


Prédication : Gabriele Maffli, pasteure

Organiste : Daniel Chappuis

Présentation : Michel Kocher

Prédication

«M’aimes-tu ? »... Si on vous posait trois fois de suite cette question ?

Une brebis, un agneau, des moutons et leur berger, c’était une image familière, même quotidienne aux temps bibliques !

Jean, chapitre 21 , versets 15 à 22

Mes arrière-grands-parents étaient encore paysans, et j’imagine qu’ils voyaient encore souvent des bergers et leurs moutons. Et moi, citadine déjà en troisième génération ? Je vois parfois, depuis l’autoroute, un troupeau de moutons dans un pré ou un enclos. Mais j’ai peut-être vu ces derniers mois plus de troupeaux de moutons sur des affiches en ville que dans des prés ! Et je n’ai que très rarement vu un berger. Surtout sur les affiches en ville, où les moutons faisaient n’importe quoi, il me semblait qu’un berger manquait cruellement. Un bon bien sûr!

Ce que je veux dire c’est que, même si pour la plupart d’entre nous, moutons et bergers ne font plus partie du quotidien, nous pouvons quand même encore comprendre ce langage millénaire qui utilise l’image des moutons et leur berger pour parler de gens, pour parler de nous.

Quand le prophète Ezéchiel dit, au 7e siècle avant Jésus-Christ, que Dieu va s’occuper lui-même de ses brebis, nous comprenons encore aujourd’hui que Dieu veut s’occuper de gens. De gens qu’on a mal-menés !

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Un exemple de comment Dieu s’occupe lui-même de ses moutons est ce dialogue entre Jésus et Pierre que nous venons d’entendre. Je vous propose de nous concentrer maintenant sur ce dialogue pour voir si cela nous inspire quelque chose pour des situations que nous connaissons.

Pierre. Pierre a vécu tellement de choses avec Jésus en tant que disciple, mais en ce moment de dialogue, qui a lieu 5 ou 6 jours après la mort de Jésus sur la croix, Pierre doit penser à une seule chose, cette chose terrible quand il a renié Jésus trois fois avant que le coq ne chante. Quand il a assuré qu’il ne faisait pas partie des disciples de Jésus, alors qu’il était l’un de ses plus anciens et fidèles ! Depuis cette nuit-là, Pierre doit se faire des reproches amers, et j’imagine qu’il ne se le pardonne pas.

Et là, après ce repas sur la berge, Jésus veut lui parler entre quatre yeux. Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que les autres ? » Pierre ne saute pas au cou de Jésus en lui disant oui, mais oui ! Pierre semble très retenu quand il répond « Oui Seigneur, j’ai de l’amour pour toi ». Il doit avoir bien entendu que Jésus ne l’appelle plus de son nom de disciple, Pierre. Mais qu’il l’appelle de son nom civil : Simon, fils de Jean. C’est vrai, au cours de cette nuit horrible de l’arrestation de Jésus, lui, Pierre, avait affirmé trois fois qu’il ne connaissait pas ce Jésus et non, qu’il n’était pas de ses disciples. Non, il n’était plus Pierre, cet homme solide sur qui Jésus avait pu compter.

Alors, qu’est-ce qu’il peut répondre maintenant à cette question de Jésus : « m’aimes-tu plus que les autres ? », lui qui avait peut-être effectivement aimé Jésus plus que les autres ? J’imagine qu’après ce qui s’est passé, il ne se fait plus confiance lui-même parce qu’il a fait exactement le contraire de ce qu’il aurait voulu faire.

J’imagine Pierre profondément déçu de lui-même et qu’il a honte. Honte d’avoir renié Jésus trois fois, juste pour sauver sa peau, alors qu’il avait imaginé même mourir pour Jésus s’il le fallait !

Est-ce que Pierre a aussi ressenti de la colère ? Colère qu’il n’osait presque pas penser, mais colère quand même, contre Dieu qui permet tout ce mal contre lequel tous sont impuissants?

Mais Jésus reprend sa question : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Et Pierre peut répondre : « Oui Seigneur, j’ai de l’amour pour toi. » Et c’est vrai, il peut le dire sans autre.

Quand nous regardons ce dialogue jusque-là, est-ce que nous avons observé la manière dont Jésus traite Pierre après sa grosse faute qui fait qu’il se sent très mal ?

Est-ce que Jésus prend une mine très grave et se met sur ses grands chevaux pour faire des reproches graves à Pierre ? Est-ce qu’il lui ressort à cette occasion de vieux reproches ? Est-ce qu’il lui redit « vade retro satana » par exemple ? Est-ce qu’il enfonce le clou ? Mais non ! Nous l’avons vu, et cela peut nous servir peut-être d’exemple à l’occasion… Jésus, fait tout autrement. Il est le bon berger qui prend bien soin de ses moutons. Il parle à Pierre en mettant en valeur tout ce qui est bon en Pierre. Il donne l’occasion à Pierre de dire trois fois « Oui Seigneur, je t’aime ! » Trois fois, comme pour effacer l’ardoise du triple reniement.

En plus, Jésus donne à Pierre la possibilité de faire ce que ce dernier aimait tant : suivre Jésus ! Travailler pour lui et pour Dieu pour amener un peu de ciel sur cette terre !

Alors que la confiance de Pierre en lui-même est réellement ébranlée, Jésus lui fait confiance. A chaque « oui « de Pierre, Jésus l’invite à travailler pour lui : « Nourris mes agneaux ». « Prends soin de mes brebis ». « Nourris mes brebis». En bref : « Suis-moi comme tu l’as si bien fait Pierre, je te fais confiance ! »

Le pasteur Leonard Ragaz a appelé cette rencontre entre Jésus et Pierre « Le relèvement de Pierre ». J’aurais même envie de dire plus et de parler de « la résurrection de Pierre ». Non, il n’était pas mort, Pierre. Mais c’était me semble-t-il un peu comme. Ressusciter, dans le langage de la Bible, c’est le fait de se lever, se réveiller, se mettre debout. Après le sommeil de la nuit, après une maladie, mais cela se dit aussi en parlant des morts qui sont levés, relevés. Comme Jésus, qui s’est levé d’entre les morts. Jésus justement. De son vivant, il a mis beaucoup de gens debout, physiquement ou intérieurement. Il a en quelque sorte ressuscité des vivants à la vie. Jésus, lui-même relevé d’entre les morts par Dieu, relève ici Pierre. Il le relève de sa faute, de sa honte, de son découragement. Et il lui propose un projet de vie : continuer l’œuvre de Dieu en faisant justement un travail de relèvement parmi les gens. Continuer ce que Jésus a fait. Pierre, qui a entendu ce « suis-moi » de Jésus, n’a pas hésité à saisir la main qui l’a relevé.

Pendant une trentaine d’années, Simon, fils de Jean, appelé Pierre, a suivi Jésus jusqu’à ce que, « étant devenu vieux », il a du « étendre ses bras pour aller là où il ne voulait pas » comme Jésus le lui avait dit. Pierre a été crucifié probablement en l’an 64 à Rome dans les persécutions sous Néron. Mais pendant cette trentaine d’années qui ont suivi le dialogue avec Jésus qui l’a relevé, Pierre a travaillé pour établir la première église de Jérusalem, il a prêché dans des villages samaritains, il a, ensemble avec sa femme (1.Cor. 9, 5), visité beaucoup d’églises existantes et on pense qu’il a eu une vive activité missionnaire dans la région de la Turquie actuelle. Selon la tradition, il aurait aussi été le fondateur de l’église de Rome. Voilà la résurrection de Pierre et ce que cela lui a permis de faire, d’être et de vivre !

Cette résurrection de Pierre me fait penser à une émission à la radio sur France culture à Pâques, où il était question de jeunes délinquants qui se radicalisent en prison. J’ai beaucoup aimé l’approche du personnel de prison qui repère les délinquants qui seraient prêts à vivre autre chose, puis qui élabore avec eux un projet de vie. Surtout ne pas les enfermer dans ce qu’ils ont fait de mal, mais soutenir le potentiel de bien en eux ! N’est-ce pas là aussi un véritable travail de relèvement, voire de résurrection à la vie ?

Je pense aussi à l’hôpital psychiatrique de Cery où j’ai fait un stage en début d’année. Là aussi, on essaie de relever des gens qui sont malmenés par une maladie psychique. J’ai beaucoup apprécié l’approche des soignants, qui s’efforcent de soutenir la personne saine qui est bien là, quelque part, mais cachée, comme emprisonnée derrière la personne si malade.

Et parce qu’il faut terminer gentiment, je voudrais vous dire ceci : cette histoire de Pierre me conforte dans une idée qui s’est encore renforcée pendant mon stage à l’hôpital psychiatrique de Cery : Je crois qu’être chrétien c’est « simplement » - entre guillemets - participer à relever des gens. A se relever mutuellement aussi. Dans toutes sortes de situations. Qu’en pensez-vous ?

Amen.


Gabriele Maffli, pasteure
Gabriele Maffli, pasteure

Gaby Maffli est d’origine allemande, de tradition luthérienne. Etudes à Göttingen et Lausanne, formation au ministère dans l’église évangélique réformée de Berlin-Brandenburg. Suissesse depuis 1989, elle est mariée et mère de trois jeunes adultes. Après onze ans de ministère à Chavannes-près-Renens elle est pasteure à Vevey depuis fin 2013.

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